La recherche sur les biosimilaires

À titre de l’un des principaux porte-parole de patients au Canada sur les biosimilaires, le comité ACE poursuit sa surveillance des activités de recherche et de mise au point en cours des biosimilaires afin d’offrir aux patients l’information la plus récente, impartiale et fondée sur des preuves sur ce traitement médicamenteux de l’arthrite inflammatoire.   

Dernières nouvelles sur les biosimilaires

2017
Les biosimilaires – un thème majeur de l’EULAR 2017

Plus de résultats d’essais et d’analyses actualisées, plus de suivis dans le monde réel et de programmes d’éducation du patient sur les biosimilaires, voilà donc les  secteurs clés des présentations de recherche dans le cadre du congrès annuel 2017 de la Ligue européenne contre le rhumatisme (EULAR).

Lors de ce congrès, le comité ACE a appris que plus de 20 biosimilaires ont jusqu’ici été mis sur le marché pour le traitement de l’arthrite inflammatoire. Cependant, la bonne nouvelle est que l’industrie pharmaceutique mondiale travaille en ce moment au développement de plus de 700 biosimilaires pour le traitement du cancer et de plusieurs maladies chroniques. Voici quelques faits saillants de l’EULAR 2017 qui intéresseront les patients arthritiques :

Des études sur l’immunogénicité montrent des résultats comparables entre les biosimilaires et les biologiques d’origine

Contexte

L’immunogénicité est la capacité de provoquer une réaction immunitaire d’un organisme, humain ou animal. Cette capacité protège généralement les gens contre les agents pathogènes en identifiant et en réagissant aux protéines étrangères. Il s’agit d’une préoccupation particulière dans le cas des médicaments biologiques puisqu’ils sont constitués principalement de protéines pouvant être considérées comme des protéines étrangères. Une réponse immunitaire à un médicament biologique peut aller du développement d’anticorps décelables sans être cliniquement significatifs à une réponse immunitaire ayant un impact important sur la sécurité du patient. La réponse immunitaire chez un patient peut également affecter l’efficacité du traitement.

Données sur l’immunogénicité de l’étude NOR-SWITCH

Des données supplémentaires fournies par l’étude NOR-SWITCH, la première étude randomisée sur la transition d’un biologique d’origine à son biosimilaire, ont été présentées lors du congrès 2017 de l’EULAR par les chercheurs norvégiens chargés de mener l’étude NOR-SWITCH. Les chercheurs ont constaté que la fréquence des effets indésirables était similaire chez les patients étant passés du biologique d’origine de l’infliximab (Remicade®) au biosimilaire de l’infliximab Remsima® (approuvé sous le nom d’Inflectra® au Canada). D’après les conclusions des chercheurs, les patients réagissant bien au traitement à l’infliximab (Remicade®) et qui ont effectué la transition vers le biosimilaire de l’infliximab Remsima® ont rapporté une fréquence similaire d’effets indésirables, y compris les réactions à la perfusion, et n’ont pas expérimenté de modification substantielle dans les niveaux d’anticorps antidrogue, comparativement au groupe de patients ayant continué à recevoir l’infliximab Remicade®

L’importance de ces résultats

Ces résultats provenant de l’étude NOR-SWITCH en cours démontrent qu’il n’y a aucune inquiétude soulevée par la transition de patients atteints de polyarthrite rhumatoïde du biologique d’origine de l’infliximab (Remicade®) à son biosimilaire Remsima® (Inflectra® au Canada).

Autres études sur l’immunogénicité

Également dans le cadre du congrès 2017 de l’EULAR, des études ont démontré que chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde (PR), deux biosimilaires inhibiteurs du facteur de nécrose tumorale (TNF) ne sont pas plus immunogènes que leur biologique d’origine.

Les conclusions de l’une de ces études impliquant 544 patients atteints de PR ont indiqué que 33,1 pour cent des patients traités au SB5, un biosimilaire envisagé pour l’adalimumab (Humira®), et 32 pour cent des patients traités avec l’adalimumab (Humira®) ont développé des anticorps après 24 semaines de traitement.

« Ces conclusions viennent appuyer la biosimilarité du SB5 et de l’adalimumab (Humira®) », indique l’un des chercheurs de l’étude Jonathan Kay, MD, directeur de la recherche clinique, rhumatologie, au Memorial Medical Centre de l’Université du Massachusetts à Worcester et professeur de médecine à l’Université du Massachusetts.

Pour ce qui est de la deuxième étude impliquant 596 patients atteints de PR, une plus faible proportion de patients traités au SB4, un biosimilaire envisagé pour l’étanercept (Enbrel®), ont développé des anticorps antidrogue en comparaison de ceux traités à l’étanercept (Enbrel®) (0,7 % c 13,1 %, avec un P inférieur à .001).

Jirí Vencovský, MD, qui a présenté les conclusions de l’étude impliquant le biosimilaire de l’étanercept, a fait état d’observations similaires à celles du docteur Kay sur les effets des anticorps antidrogue sur l’efficacité du traitement.

« L’efficacité du traitement avait tendance à être plus faible chez les patients ayant développé des anticorps antidrogue », indique le docteur Vencovský, vice-directeur de l’Institut de rhumatologie de l’Université Charles, à Prague, en République tchèque.

En utilisant les critères de l’American College of Rheumatology (ACR), qui constituent une norme pour les essais cliniques de la mesure de l’efficacité des médicaments contre l’arthrite, le docteur Vencovský n’a observé aucune différence entre les patients ayant reçu le biosimilaire de l’étanercept et ceux ayant reçu le biologique d’origine de l’étanercept (Enbrel®) dans les deux réponses ACR50 et ACR70 après 24 semaines de traitement.

Résultats de la transition : une surprise pour les chercheurs danois

Le Danemark est devenu le premier pays en Europe à introduire une politique de transition (également connue comme la « transition non médicale » obligeant les patients à passer du médicament de prédilection à un autre médicament généralement moins dispendieux pour une raison autre que médicale) pour les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde stabilisés ou répondant bien au traitement par le biologique d’origine de l’infliximab (Remicade®) les obligeant à passer au biosimilaire de l’infliximab (Remsima®). On s’inquiétait du fait que l’augmentation d’utilisation des ressources en santé motivée par l’anxiété des patients et des médecins concernant l’utilisation de cette nouvelle catégorie d’agents ne vienne oblitérer l’économie de coûts réalisée par la transition. Cependant, les résultats d’une étude présentés dans le cadre du congrès 2017 de l’EULAR ont démontré que ce ne fut pas le cas.

« Il s’agissait alors de la première transition non médicale (politique de transition) » indique Bente Glintborg, MD, PhD, du centre de recherche sur l’arthrite de Copenhague et du registre DANBIO. Intervenante au congrès 2017 de l’EULAR, la docteure Glintbord a ajouté : « Les patients étaient anxieux, les médecins étaient anxieux et les organismes de patients étaient anxieux. Je m’attendais à des événements préoccupants et à une augmentation d’appels et de visites de patients. »

Contexte

Lorsque le premier biosimilaire a été approuvé au Danemark en 2015, le conseil national du pays pour l’utilisation des médicaments onéreux en milieu hospitalier a confirmé que l’efficacité et l’innocuité du biosimilaire de l’infliximab (Remsima®) étaient égales à celles du biologique d’origine (Remicade®). En fonction de cette similarité, le conseil émettait une recommandation à l’intention des hôpitaux pour l’utilisation du biosimilaire de l’infliximab moins dispendieux (64 pour cent moins cher) autant pour le traitement des patients naïfs au traitement que pour ceux recevant déjà le biologique d’origine de l’infliximab (Remicade®), à moins de raisons médicalement justifiées de ne pas le faire. Au premier trimestre de l’année 2016, ce biosimilaire représentait environ 97 pour cent de toute l’utilisation de l’infliximab au Danemark. Deux biosimilaires du biologique d’origine de l’infliximab ont depuis été approuvés par les autorités nationales du Danemark et utilisés dans le traitement des patients atteints d’arthrite.

Les conclusions de l’étude

Dans leur étude, la docteure Glintborg et ses collègues ont pu évaluer tous les services de soins de santé utilisés et le nombre de jours où des services ont été utilisés dans les six mois précédant la politique de transition et les six mois suivant sa mise en application.

Pendant la période de 12 mois qu’a duré cette étude, 1 484 visites ambulatoires ont été faites par 769 patients atteints de maladies arthritiques inflammatoires. Au total, 19 752 services individuels ont été prodigués et environ 10 pour cent de ces services ont été rendus le jour même de la transition.

Et au cours des 9 243 jours où au moins un service de santé a été rendu, 693, soit environ 7 pour cent, ont été prodigués le jour même de la transition. On a observé une légère augmentation de la moyenne de jours avec services avant la transition et après la transition (5,4 c 5,7; P = .0003).

« Nous avons découvert des écarts significatifs dans l’utilisation plus élevée des services après, plutôt qu’avant, » explique la docteure Glintborg, « cependant les chiffres étaient tout de même très similaires. » La différence, qui n’était pas cliniquement significative, était cependant statistiquement importante à cause du nombre élevé de patients. »

« En réalité, j’ai été surprise par les résultats. Je m’attendais à une utilisation plus élevée des services après la transition », ajoute-t-elle. « Ces patients ont été très bien traités pendant près de sept ans avec le biologique d’origine, alors bien sûr, ils étaient préoccupés par la transition. Et pour cause puisqu’on parlait ici d’un médicament différent, produit par une compagnie pharmaceutique différente et portant un nom différent. »

Les différences entre les deux périodes mentionnées n’ont pas été significatives en ce qui a trait aux services de soins infirmiers, au traitement à la méthotrexate, à la mesure de la tension artérielle, à la prise des antirhumatismaux modificateurs de la maladie (ARMM) de synthèse conventionnels, à l’aiguille veineuse, aux conversations à propos du traitement et aux échographies sur et sous les articulations des extrémités.

« Cette analyse a démontré l’existence de différences minimes seulement dans la proportion de jours au cours desquels des services ambulatoires ont été rendus et celle où les services ont été rendus six mois avant et six mois après le passage du produit d’origine au biosimilaire de l’infliximab, » notaient les chercheurs dans le résumé de leur étude. « Il est donc peu probable que la transition puisse être associée à une augmentation substantielle d’utilisation des ressources en santé. »

« La portée clinique de ces résultats se résume à ceci : les services utilisés avant et après le passage d’un biologique d’origine à un biosimilaire ne différaient pas, » indique Désirée van der Heijde, MD, du Centre médical de l’Université Leiden, aux Pays-Bas.

L’impact pour le Canada

Ces données et l’expérience de milliers de patients européens recevant des biosimilaires ces dix dernières années devraient rassurer les patients canadiens atteints d’arthrite inflammatoire sur l’innocuité, l’efficacité et le bon rapport coût-efficacité de la politique de transition. Le comité ACE est d’avis que les économies réalisées devraient se traduire par un plus grand accès au remboursement des biosimilaires pour les patients atteints d’arthrite inflammatoire et par l’ajout de nouveaux médicaments contre l’arthrite aux listes de médicaments remboursables par les régimes publics et privés, le plus rapidement possible. Il s’agit d’une simple question d’équité dans le traitement.

Éduquer les patients sur les biosimilaires : les pratiques exemplaires en vedette

L’un des avantages pour le comité ACE d’assister à des rencontres scientifiques d’ampleur internationale telles que le congrès de l’EULAR est l’opportunité de rencontrer des représentants d’autres organisations de patients et de partager nos expériences, nos perspectives et nos pratiques exemplaires. Par exemple, au cours du congrès de l’EULAR de cette année, le comité ACE a eu des entretiens avec l’Association danoise de rhumatologie (ADR), un organisme non gouvernemental de 80 000 membres. L’ADR assistait au congrès afin de présenter son expérience d’éducation des patients sur les biosimilaires dans le cadre d’un programme national destiné aux patients et pouvant ouvrir la voie à l’établissement de futures pratiques exemplaires pour la collectivité arthritique au Canada.

Identifier les préoccupations des patients à propos des biosimilaires

La décision du gouvernement danois en faveur de la transition des patients vers les biosimilaires repose sur une justification économique, sur le fait que cette politique permettrait de réaliser des économies au niveau du système de santé tout en garantissant la même qualité de traitement aux patients. Cependant, cette décision a entraîné un grand sentiment d’insécurité chez les patients danois, réticents à passer de biologiques d’origine qu’ils connaissaient à des biosimilaires moins dispendieux. Selon une première étude sommaire menée par l’ADR sur le déroulement de cette transition d’un biologique à un biosimilaire dans différentes régions du Danemark, plusieurs patients danois éprouvaient de l’anxiété à propos de cette politique de transition, une anxiété fondée sur plusieurs facteurs, entre autres :

  • les préoccupations à propos de l’innocuité et de l’efficacité des biosimilaires
  • un certain inconfort des médecins lorsqu’il s’agit d’expliquer aux patients le concept de la biosimilarité
  • l’information sur les biosimilaires affichée sur différents sites de santé au Danemark est disparate et souvent variable
  • le fait qu’aucun suivi par lots de médicaments n’est répertorié dans la base de données nationale sur les patients recevant des médicaments biologiques entraîne des préoccupations à propos de la surveillance des biosimilaires

Même après que les cliniciens leur aient communiqué les données appuyant l’équivalence clinique d’un nouveau biosimilaire, plusieurs patients ne sont toujours pas heureux du changement. Ils comprennent bien sûr la justification économique à la transition, mais n’apprécient pas l’effet de surprise, de ne pas être consultés pour cette décision ou le peu de temps qui leur est donné pour procéder au changement. Le gouvernement danois a exigé de tous et chacun d’opérer la transition dans un délai de deux mois. Les patients ont donc été limités dans le temps pour obtenir des réponses à leurs questions.

Traitement des inquiétudes des patients

Tenant compte de la peur et de l’insécurité des patients devant passer d’un biologique à un biosimilaire dans le traitement de leur maladie arthritique, le programme a été conçu pour s’assurer que les patients reçoivent de l’information impartiale sur les biosimilaires et pour exercer une surveillance étroite des ordonnances afin de les rassurer sur leur innocuité.

« Pour faire évoluer cette situation, nous avons initié un dialogue sur le plan national avec les politiciens et les autorités et, sur le plan régional, avec les administrations hospitalières, » nous dit Mme Lene Mandrup Thomsen de l’Association danoise de rhumatologie. « L’objectif peut se définir en trois volets : améliorer l’homologation des biologiques et des biosimilaires par la gestion de lots, diffuser aux patients de l’information plus impartiale et solliciter la participation des patients dans le processus de prise de décision, » a-t-elle ajouté.

Après discussions avec les politiciens, les autorités médicales et les administrations hospitalières, le plan de l’ADR lancé en août 2015 et terminé à la fin de l’année 2016 comprend quatre volets :

1) Surveillance de l’innocuité et de l’efficacité des biosimilaires par la gestion de lots
2) Campagne d’information ciblant autant les professionnels de la santé que les patients
3) Solutions numériques pour faciliter le rapport d’effets secondaires par les professionnels de la santé et les patients
4) Accent mis par les autorités sur la surveillance de l’innocuité pour les patients

En plus du plan national, le niveau régional a été couvert par les hôpitaux qui ont invité un représentant de l’ADR à se joindre à un groupe de travail dans le but d’inclure la perspective du patient lors de l’établissement de recommandations nationales concernant les biologiques, les biosimilaires et la politique de transition.

L’impact pour les patients et les décideurs en santé au Canada

Le système de santé canadien diffère de façon significative du système danois, un système de payeur unique parrainé par le gouvernement, dans lequel les patients peuvent être soumis à une transition à moins qu’une indication médicalement justifiée empêche le traitement avec un biosimilaire. Au Canada, les patients atteints d’arthrite inflammatoire peuvent avoir davantage leur mot à dire lorsqu’il s’agit de choisir leurs options de traitement et de leur droit de demander et d’obtenir les meilleurs soins possibles grâce au partage de la prise de décision entre eux-mêmes, leur rhumatologue et d’autres fournisseurs de soins de santé. Le comité ACE est d’avis que les patients devraient être pleinement informés de la politique sur les décisions impliquant leur transition vers un biosimilaire. Ils devraient pouvoir comparer les risques et avantages du traitement (ou de l’absence de traitement) et disposer d’outils leur permettant de discuter des pour et des contre de tous les médicaments avec leur équipe de soins.

Nous invitons également les payeurs des secteurs public et privé qui envisagent le recours à une politique de transition de prendre exemple sur l’ADR qui a misé puis concrétisé un meilleur accès à l’éducation et une surveillance étroite de l’innocuité pour les patients, prouvant qu’il s’agissait là du meilleur moyen de répondre aux préoccupations que les patients canadiens pourraient avoir à l’égard des biosimilaires. 


Des recherches récentes sur les biosimilaires démontrent un profil d’innocuité et d’efficacité comparable 

Les derniers résultats de la recherche sur les formes d’arthrite inflammatoire, l’arthrose et autres sujets brûlants d’actualité en rhumatologie ont été présentés aux 17 000 participants nord-américains et internationaux, dont des rhumatologues, des patients et autres professionnels de la santé associés, de même qu’aux partenaires de l’industrie de plus d’une centaine de pays réunis dans le cadre du Colloque scientifique annuel 2016 de l’American College of Rheumatology (ACR) tenu à Washington, DC. Le comité ACE a assisté à des présentations orales et par affiches de douzaines d’études, dont celles axées sur la comparaison entre les biosimilaires et leurs biologiques d’origine respectifs. En voici les points saillants :

L’étude norvégienne NOR-SWITCH

Les données résultant de cette première étude randomisée sur le passage d’un biologique d’origine à son biosimilaire ont été présentées dans le cadre du colloque de l’ACR par les chercheurs norvégiens ayant dirigé les travaux de l’étude NOR-SWITCH.[1] Les chercheurs ont constaté qu’il n’y avait pas de différence notable dans l’aggravation de la maladie chez les patients ayant passé du biologique d’origine infliximab (Remicade) au biosimilaire de l’infliximab Remsima (approuvé sous le nom d’Inflectra au Canada). D’après les conclusions des chercheurs, une aggravation de la maladie s’est produite chez 26,2 % des patients qui ont poursuivi le traitement à l’infliximab (Remicade) alors que ce pourcentage était de 29,6 % chez les patients passés au biosimilaire de l’infliximab (Remsima).

L’auteur principal, le docteur Guro L. Goll, MD, un rhumatologue exerçant à l’hôpital Diakonhjemmet d’Oslo, précise : « Je pense vraiment que l’étude NOR-SWITCH contribue à développer la confiance dans les biosimilaires en tant que concept. Et même s’il reste encore des questions sans réponses, comme celles entourant les transitions multiples, je crois que notre étude confirme qu’il est possible pour les patients de passer en toute sécurité du biologique d’origine infliximab Remicade au biosimilaire de l’infliximab Remsima. Dans ce contexte, l’utilité d’étendre ce type d’études aux patients atteints de maladies gastro-intestinales est claire. »

Une question revient constamment lorsqu’il s’agit de l’usage de biosimilaires :

  • Sur le système immunitaire d’un patient, quel est l’impact de multiples transitions, du biologique d’origine à son biosimilaire, puis d’un autre biologique d’origine à une autre biologique d’origine ou à un autre biosimilaire comportant un mécanisme d’action différent ?

La réponse à cette question, et à d’autres, sont généralement obtenues après l’approbation d’un médicament par Santé Canada et la surveillance dont il fait l’objet lorsque son utilisation est largement répandue chez la population de patients approuvés. Les questions entourant l’innocuité, l’efficacité, la persistance de la thérapie (combien de temps le patient est fidèle au traitement) et les réponses immunitaires demeurent, même dans le cas des biologiques d’origine, bien que certains d’entre eux soient utilisés depuis 15 ans chez des milliers de patients partout dans le monde et que de nouvelles recherches continuent d’être signalées dans les colloques scientifiques.

Dans les entrevues avec les médias qui ont suivi le colloque annuel de l’ACR, Cheryl Koehn, présidente et fondatrice du comité ACE (Arthritis Consumer Experts), fut l’une parmi les nombreuses voix réclamant une réponse adaptée au besoin actuel de cueillette de données du monde réel relativement aux conséquences de la transition en aller-retour entre l’infliximab (Remicade) et l’infliximab (Inflectra), du passage d’un infliximab biosimilaire à un autre infliximab biosimilaire et de la transition de biologiques d’origine vers leurs biosimilaires respectifs. 

« En échangeant avec les collègues rhumatologues canadiens assistant au colloque de l’ACR, nous avons constaté que l’indice de confiance en l’innocuité et l’efficacité des biosimilaires, la plus récente catégorie de médicaments à faire son entrée sur le marché, ne cesse de croître », affirme Cheryl Koehn. « Tout comme le comité ACE, ils surveillent de près les études cliniques récentes et les données du monde réel. Il est d’une importance capitale de déchiffrer les résultats des études dans le monde réel et de comprendre l’impact que des biosimilaires peuvent avoir ou non sur un, plusieurs ou des milliers de patients. Je me souviens de l’arrivée sur le marché des premiers biologiques d’origine », poursuit Cheryl Koehn. « Les patients se méfiaient et hésitaient à en prendre, même lorsque la maladie ruinait leur santé et leur vie. Mais petit à petit, les patients d’un peu partout dans le monde ont acquis une plus grande confiance envers les médicaments biologiques et ont commencé à les utiliser. Et la vie de bon nombre de ces patients a été transformée. »

En fin de compte, les scientifiques, les rhumatologues et les patients visent un objectif commun : des preuves suffisantes pour que les chances qu’un patient réponde adéquatement à un biosimilaire soient élevées et un très faible risque qu’un biosimilaire perde de son efficacité ou entraîne un effet secondaire rare mais grave. L’étude NOR-SWITCH offre déjà certains éléments de cette preuve, mais pas tous.

[1] Tore K. Kvien, Guro Lovik Goll, et al, « Biosimilar Infliximab (CT-P13) Is Not Inferior to Originator Infliximab: Results From a 52-Week Randomized Switch Trial in Norway », colloque annuel 2016 de l’ACR/ARHP. Numéro du résumé : 19L

 

Résultats de l’étude danoise sur le biosimilaire de l’infliximab

Dans le cadre du Colloque scientifique annuel de l’ACR, lors de la présentation des conclusions d’un essai danois par observation du biosimilaire de l’infliximab Remsima (connu sous le nom d’Inflectra au Canada) plus vaste que l’étude NOR-SWITCH, l’investigatrice Merete Lund Hetland, MD attaché à l’hôpital universitaire de Copenhague à Hvidovre au Danemark, affirmait que les résultats étaient « extrêmement similaires ».[2]

Dre Hetland et ses collègues ont utilisé le registre DANBIO pour identifier 802 patients — 279 atteints de spondylarthrite, 403 de polyarthrite rhumatoïde et 120 d’arthrite psoriasique — ayant reçu le biosimilaire de l’infliximab dans le cadre d’une transition obligatoire, au niveau national. L’équipe de chercheurs a comparé l’activité de la maladie et les crises aiguës trois mois avant et trois mois après le passage au biosimilaire et n’a trouvé aucun changement significatif pour aucune de ces trois maladies. Le taux d’adhésion au traitement après 1 an était similaire pour chacune des maladies et le taux de non-adhésion de 16 % était similaire au taux historique de non-adhésion de l’infliximab d’origine.

Il est important de souligner la mise en garde des chercheurs, autant de l’étude NOR-SWITCH que de l’étude DANBIO, à l’effet de ne pas extrapoler les données dégagées pour le biosimilaire de l’infliximab aux biosimilaires de l’etanercept ou de l’adalimumab. « Il s’agit de molécules totalement différentes et nous ne pouvons en conclure que l’histoire se répéterait », indique Dre Hetland.

[2] Bente Glintborg, et al, « Non-Medical Switch from Originator to Biosimilar Infliximab in Patients with Inflammatory Arthritis – Impact on s-Infliximab and Antidrug-Antibodies. Results from the Danish Rheumatologic Biobank and the Danbio Registry, » colloque annuel 2016 de l’ACR/ARHP. Numéro du résumé : 1997

 
Que sont les données du monde réel ?

Il existe plusieurs variations de la définition des « données du monde réel ». Essentiellement, ces données constituent une façon de mesurer l’efficacité d’un médicament après son approbation par Santé Canada, lorsqu’il est ensuite prescrit et utilisé dans le « monde réel », un contexte concret qui va plus loin que les données normalement recueillies dans les études cliniques et précliniques. Les données du monde réel proviennent de différentes sources et comprennent les données de patients, de cliniciens, d’hôpitaux et de payeurs ainsi que des données sociales. Leur utilisation, en association avec d’autres sources traditionnelles de données (comme les données d’essais cliniques), offre un nouvel éclairage sur les médicaments et leurs effets, dans le contexte de populations de patients plus larges et différentes.

En ce qui a trait aux biosimilaires, il est important de faire un suivi de l’efficacité, de l’innocuité et de la valeur pour les patients et le système de santé, autant des biologiques d’origine que de leurs biosimilaires respectifs. Les patients et leurs médecins comptent sur ces « données du monde réel » pour éclairer leurs discussions et leurs prises de décision relativement au traitement.

À l’heure actuelle, il y a plusieurs études, sans compter le suivi de patients dans « la vraie vie », qui s’attachent à la surveillance de toute hausse d’immunogénicité lors de la transition d’un biologique d’origine à un biosimilaire. Cette étape contribuera à déterminer si la transition des patients peut être considérée comme une pratique sécuritaire avant de la recommander médicalement ou de l’intégrer à toute politique de remboursement des médicaments. 

Dans vos discussions avec votre médecin ou votre assureur à propos du choix d’un biosimilaire comme option de traitement, assurez-vous de poser les questions suivantes, véritables points de discussion sur les données du monde réel :

  • Quelle a été votre expérience en matière de prescription des biosimilaires ?
  • Croyez-vous que ce soit une option thérapeutique sûre et efficace pour moi ? Pourquoi ?
  • Existe-t-il un programme de soutien aux patients pour le biosimilaire que vous me recommandez ?
  • Où puis-je trouver des documents à lire sur les biosimilaires et vulgarisés pour les patients ?

 


Évaluation de l’innocuité et de l’efficacité du passage d’un biologique d’origine à un biosimilaire

Une étude résumant la documentation actuelle présentée au colloque 2016 de l’ACR concluait que la transition d’un biologique d’origine à un biosimilaire dans le traitement des maladies rhumatismales produit des données similaires en matière d’efficacité et d’innocuité.[3]

Avec plusieurs autres biosimilaires dont la commercialisation est planifiée pour 2017 et au-delà, les données cliniques et du monde réel sur les effets du passage aux biosimilaires se limiteront aux études sur les biosimilaires approuvés. Pour combler cette lacune dans la compréhension du processus de transition, autant des biologiques d’origine aux biosimilaires que d’un biosimilaire à un autre, Robert J. Moots, MB, BS, PhD, du département de biologie musculosquelettique de l’Université de Liverpool, et ses collègues ont effectué des recherches sur la base de données MEDLINE/Web of Science afin d’identifier les études impliquant des patients ou des volontaires en bonne santé acceptant de passer d’un biologique d’origine à son biosimilaire dans le cas de l’infliximab, l’etanercept, l’adalimumab ou le rituximab. 

Dans sa conclusion, le docteur Moots indiquait : « Bien que les données initiales du passage confirment le maintien du profil d’efficacité et d’innocuité, la pharmacovigilance est nécessaire, tout comme l’obtention de données supplémentaires provenant d’études cliniques et dans le monde réel s’attachant au processus de transition, particulièrement entre deux biosimilaires. » Et il ajoutait également que : « Toute transition devrait être le résultat d’une prise de décision conjointe du médecin traitant et de son patient, fondée sur des preuves scientifiques. »

[3] Robert Moots, et al, « Switching to Biosimilars in Rheumatology Evidence-Based Practice », colloque annuel 2016 de l’ACR/AHRP. Numéro du résumé : 639

 


En Allemagne, facteurs d’influence sur l’attitude des patients envers les biosimilaires

D’après les auteurs d’une étude effectuée auprès de patients en Allemagne à qui des biosimilaires et des biologiques d’origine ont été prescrits (« Patient Attitudes Towards Being Prescribed Biosimilars in Inflammatory Autoimmune Diseases in Germany »), les patients à qui on avait prescrit des biosimilaires réclamaient plus d’explications et désiraient comprendre pourquoi des biosimilaires étaient prescrits pour le traitement de leur polyarthrite rhumatoïde, de leur spondylarthrite axiale ou de leur arthrite psoriasique.[4]

Des 174 patients recevant des biosimilaires, 78 % se sont dit satisfaits que leur maladie soit sous contrôle comparativement à 85 % des 87 patients recevant des biologiques d’origine. Les patients recevant des biosimilaires ont indiqué avoir une moins bonne compréhension de leur traitement : 39 % d’entre eux ont affirmé qu’ils n’en savaient pas suffisamment sur le médicament avant de débuter le traitement, comparativement à 28 % des patients recevant des biologiques d’origine. Parmi les patients, un manque de compréhension à propos des biosimilaires a été identifié, alors que 42 % d’entre eux ont indiqué ignorer que leur médicament était basé sur un produit d’origine alternatif. Parmi les raisons en tête de liste de l’acceptation d’un biosimilaire par les patients à qui un biologique d’origine n’a jamais été prescrit (également appelés patients naïfs) figurent le coût (30 %) et la recommandation de leur médecin (30 %). Quant aux patients ayant accepté de passer d’un biologique d’origine à son biosimilaire, les raisons invoquées en ce cas sont plutôt la recommandation de leur médecin (73 %) et le coût ou leur assurance (43 %).

Commentant les conclusions de l’étude dans le monde réel à propos de la mauvaise compréhension entourant les attitudes des patients à qui le médecin a prescrit un biosimilaire, Cheryl Koehn indiquait : « Cette étude souligne le manque d’information et le besoin de formation des patients sur les biosimilaires. Et c’est justement le désir de pallier cette lacune qui a motivé le comité ACE à élaborer et à lancer l’Échange•Biosim en septembre 2016. Avec des programmes éducatifs et de l’information fondés sur la recherche, les patients peuvent alors avoir avec leur rhumatologue (ou d’autres spécialistes) une conversation sérieuse au sujet de leur thérapie afin de prendre la meilleure décision possible quant au choix de leurs médicaments, y compris les biologiques d’origine et les biosimilaires qui s’y réfèrent. »

[4] James Piercy, et al, « Patient Attitude Towards Being Prescribed Biosimilars in Inflammatory Autoimmune Diseases in Germany », colloque annuel 2016 de l’ACR/AHRP. Numéro du résumé : 1428


2016
Rencontres scientifiques - réunion annuelle de l’EULAR

Les biosimilaires ont été l’un des sujets les plus « chauds » de l’heure à la dernière réunion annuelle de l’American College of Rheumatology et de la Ligue européenne contre le rhumatisme (EULAR) de 2016. Selon les données de recherche présentées, les biosimilaires représentent pour les patients et les rhumatologues un autre choix dans le traitement de l’arthrite inflammatoire.

Les données sur les biosimilaires des résumés publiés et (ou) présentés dans le cadre de la réunion annuelle de la Ligue européenne contre le rhumatisme (EULAR) tenue à Londres en juin 2016 indiquaient que les profils d’innocuité et d’efficacité des versions biosimilaires de l’étanercept, de l’infliximab et de l’adalimumab se révélaient similaires au biologique d’origine pour les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde et de spondylarthrite ankylosante pour lesquelles ont opérait une transition graduelle du biologique d’origine vers la version biosimilaire.

« Cependant, une autre étude présentée dans le cadre de l’EULAR a démontré que lorsque des anticorps sont développés en réponse au traitement avec le biologique Infliximab (Remicade), ils provoquent une réaction croisée avec le biosimilaire dont l’infliximab (Inflectra) est le biologique de référence. Le principal auteur de l’étude indiquait : « Nos résultats ont démontré que les anticorps se développant chez les patients traités avec Remicade ont provoqué une réaction croisée avec le biosimilaire. La présence de ces anticorps anti-infliximab est susceptible d’augmenter la clairance du médicament dans l’organisme, entraînant potentiellement une perte de réponse de même qu’une augmentation du risque d’effets secondaires. Par conséquent, chez les patients pour qui la présence d’anticorps circulants rend l’infliximab biologique inefficace, le passage à un biosimilaire posera le même problème. »

Étant donné la taille limitée de l’échantillon de patients et le besoin de pousser la recherche afin de mieux comprendre les réponses immunitaires potentiellement différentes chez les patients arthritiques, cette étude ne représente que le stade préliminaire de la recherche dans le domaine du « changement » ou « transition » du biologique d’origine vers le biosimilaire pour les patients. On s’attend à plus de données en matière de « changement » ou « transition » dans le cadre de la prochaine rencontre annuelle de l’American College of Rheumatology, prévue en novembre 2016.

Recherche sur la surveillance après la mise sur le marché
Il est important de faire le suivi de l’efficacité, de l’innocuité et de la valeur, pour les patients et le système de santé, autant des bilogiques d’origine que de leurs biosimilaires. Les patients et leurs médecins comptent sur des « données réelles » pour prendre des décisions concernant le plan de traitement. 

En août 2016, la revue médicale Annals of Internal Medicine publiait une étude menée par des chercheurs de l’Université Johns Hopkins et du Brigham et Women’s Hospital et qui avait pour objet d’évaluer une série d’études sur les biosimilaires utilisés pour traiter l’inflammation chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde et du syndrome inflammatoire de l’intestin, appelés inhibiteurs de TNF-alpha. Les chercheurs ont passé systématiquement en revue 19 études afin de déterminer comment ces biosimilaires se comparaient aux biologiques d’origine, mettant l’accent sur leur innocuité et leur efficacité. Ils en ont conclu que les biosimilaires étaient « biosimilaires » et « interchangeables » avec leur version d’origine, soit l’infliximab (Remicade) et l’adalimumab (Humira).

Plus tôt en 2016, commentant l’annonce le 5 avril 2016 de l’approbation par la Food and Drug Administration américaine de l’infliximab (Inflectra), le premier biosimilaire à être approuvé aux États-Unis pour le traitement de maladies rhumatismales dont la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite ankylosante et l’arthrite psoriasique, Joan Von Feldt, MD, MSEd, Président de l’American College of Rheumatology indiquait :

« L’adoption sécuritaire de biosimilaires sur le marché américain demeure une priorité absolue pour l’American College of Rheumatology (ACR). Les biologiques sont des bouées de sauvetage pour les patients atteints d’une maladie rhumatismale, leur évitant la douleur, l’incapacité à long terme et les complications potentiellement fatales. Malheureusement, compte tenu de leur coût élevé, plusieurs de nos patients ont du mal à se payer ces médicaments complexes. L’ACR se réjouit de l’introduction de biosimilaires dans le système de santé américain et espère que la réduction des coûts résultant de la disponibilité de biosimilaires efficaces et sécuritaires aux É.-U. augmentera l’accès pour nos patients à des médicaments qui, en améliorant leur santé générale, changeront leur vie. »

Pour en savoir plus à propos de la recherche sur les biosimilaires

Pour rester informé, accédez à ces sources et tapez « biosimilaires » dans les engins de recherche de ces sites pour obtenir les études sur les biosimilaires les plus récentes menées en Europe et en Amérique du Nord:

American College of Rheumatology

http://www.rheumatology.org (en anglais seulement)

Ligue européenne contre le rhumatisme (EULAR)

http://www.eular.org (en anglais seulement)

PubMed (National Center for Biotechnology Information)

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/ (en anglais seulement)